17.05.2008

Le blues de la cabine d'essayage

908616849.jpgSéance shopping, hier, reprise de travail oblige...

L'horreur !!! Je déteste faire des emplettes !!! Oui, Messieurs, des femmes qui ne passent pas leur temps à dépenser des sommes folles dans ces hauts lieux culturels que sont les boutiques de vêtements ou de chaussures, cela existe. J'en suis la preuve vivante. Conclusion : je n'y mets les pieds que lorsque mes vêtements sont usés ou pour des occasions particulières.

Oui mais voilà, le retour au bureau est pour bientôt et je ne peux pas m'y présenter en vieux jean (j'exagère, je ne ressemble tout de même pas à un vieux sac à patate !). Donc, hauts les coeurs... Monsieur mon mari se joint aux festivités (n'est-ce pas qu'il est adorable !) et nous voilà partis pour 3 heures d'essayage non stop. Pretty woman, c'est moi...

Enfin, pas tout à fait, car pour le dire de façon imagée, je n'ai pas les mensurations adéquates. Connaissez-vous les vénus callipyges ? Non ! Eh bien, ce sont des femmes qui sont bien pourvues du côté... postérieur (voir illustration ci-dessus). Je fais donc partie de cette catégorie de femmes. Si certains hommes considèrent cela comme des appâts bien tentants (!), je peux vous assurer que pour trouver le tissu qui mettra en valeur ces belles rondeurs, c'est, hum comment dire, juste... la galère !

M'enfin, je suis quand même ressortie avec quelques tenues et sans crise de larmes, s'il vous plaît !

Mesdames et Messieurs les créateurs de mode, ceci est un appel pour vous : non, les femmes ne sont pas toutes ces fils de fer que vous vous obstinez à faire parader sur les podiums ! Oui, les vraies femmes sont faites de chair (avec des os dessous mais pas dessus comme dans ces dits défilés !).

Osez relever le défi d'habiller ces femmes car finalement, c'est sûrement facile de créer un vêtement pour une personne sans formes mais pour le reste de la population, n'est-ce pas un sacré défi ?

A bon entendeur... 

05.05.2008

Le mouton noir

1358747163.jpgTous les jours, depuis quelques semaines, je passe devant un champ où paissent des agneaux et des moutons. Seul, au milieu de tous les blancs, un petit agneau tout noir... Curieusement, je me suis attachée à ce petit animal au point que, chaque fois que l'on passe (quatre fois par jour, les jours d'école), les enfants et moi cherchons des yeux le mouton noir. Quand nous le voyons, nous sommes contents ; sinon, nous espérons qu'il n'a pas fini à la casserole.

Tout cela pour vous dire que ce petit mouton noir, j'ai l'impression que c'est moi... En effet, avec cette histoire d'amiante à l'école, beaucoup de personnes me regardent de travers ; d'ailleurs, on parle de moi comme étant celle qui n'arrête pas d'envoyer des mails au maire (3 mails, ce n'est pas la mort, tout de même !), celle qui se fait des frayeurs pour pas grand'chose et surtout, celle qui fait dépenser 1300 € à la commune, somme qui n'ira pas dans les travaux de l'école ; somme d'argent gaspillée pour rien, mais qui, selon moi, n'aurait pas été débloquée pour l'école de toutes façons (sinon, la municipalité aurait changé toutes les plaques de fibro-ciment au lieu de faire des "rustines" avec de nouvelles plaques !).

La conclusion de cette affaire semble à son terme : prélèvement d'air ordonné après nettoyage minutieux de toute l'école et donc des poussières litigieuses qui l'encombraient (sans, bien sûr, que celles-ci ne soient analysées, ce que nous demandions pour un coût moindre - 150 à 200 €) et apparition, aujourd'hui, dans le compte-rendu du conseil d'école qui s'est tenu début avril, du fait que le dossier technique amiante était consultable en mairie. Pourtant, cela fait un mois que nous réclamons de le voir ce fameux dossier sans que, ni le maire, ni le responsable des services techniques de la commune, ni le directeur d'école ne soient en mesure de nous le présenter ou de nous en parler!!!

Pourquoi ? Existait-il seulement ? Cela aurait pourtant éviter des discussions stériles et peut-être l'engagement de ces fameux frais qui paraissent déranger tout le monde (beaucoup plus que de savoir si la sécurité sanitaire des enfants est compromise).

Quoi qu'il en soit, je me sens usée par cette affaire et par tous ces regards accusateurs qui m'entourent. Seules deux personnes me soutiennent et heureusement qu'elles sont là (ainsi que mon mari qui a une patience infinie). Il est dur dans ces conditions de continuer, d'avoir le fin mot de l'histoire. Conflit semble être le maître-mot de tous les rapports humains et, j'avoue que la bataille, ce n'est pas mon fort. J'ai vraiment l'impression d'avoir été prise pour une "conne" dans cette histoire.

En conclusion, je déconseille aux parents qui se sentent responsables de s'investir dans un conseil d'école... Je crois que notre rôle au sein de celui-ci ne doit se borner qu'à bailler aux corneilles... à moins, de faire une bonne belote !

24.04.2008

Voyage au coeur du passé

1936602189.jpgTroublant, inquiétant mais aussi terriblement encourageant...
Faire un voyage au coeur de son passé permettrait de nous libérer des fantômes de nos ancêtres qui continuent à crier leur douleur à travers notre corps.
Fascinant quand je vois à quel point ma famille maternelle se ferme dès que je pose des questions sur leurs souvenirs. Vite ma boîte de Lexomil, comme si l'émotion suscitée par de simples interrogations semblait tout à coup les submerger ! Je m'en veux souvent de continuer sans cesse à vouloir les questionner, comme si cela était la clé de mon mal-être. Je crois pouvoir trouver chez mes ancêtres ce qui me blesse aujourd'hui sans pouvoir mettre de mots sur ces souffrances. Sommes-nous les dépositaires des deuils non-résolus de nos aïeuls ?

22.04.2008

L'enfer


"Quand j'étais au milieu du cours de notre vie,
Je me vis entouré d'une sombre forêt,
Après avoir perdu le chemin le plus droit.
Ah ! Qu'elle est difficile à peindre avec des mots,
Cette forêt sauvage, impénétrable et drue
Dont le seul souvenir renouvelle ma peur !
A peine si la mort me semble plus amère."
                                                 DANTE, L'Enfer.

12.04.2008

De l'amiante à l'école !

558086880.jpgIl y a quelques mois, j'ai appris avec stupéfaction que le bâtiment abritant l'école de mes enfants contenait de l'amiante. Je ne pensais pas que c'était possible mais le directeur de l'école s'est montré rassurant, sans pouvoir nous préciser dans quels matériaux cette matière se trouvait.

Pendant les vacances de février, des travaux ont eu lieu dans l'école : il s'agissait de changer les plaques de plafond du côté primaire. Beaucoup de poussière est tombée dans les classes qui n'avaient pas été protégées. Les enfants ont repris les cours sans que celle-ci ait été évacuée et ils ont même été "embauchés" pour participer au nettoyage.

En tant que parents, certains d'entre nous ont alors commencé à s'interroger car nous ne savions pas si les plaques de plafond contenaient ou non de l'amiante. Faisant partie du conseil d'école, j'ai posé la question mais n'ai pas eu de réponse, le responsable technique de la mairie étant absent. Cela n'a pas eu l'air de mobiliser les autres personnes présentes puisque, quelques jours après la réunion, nous n'avions toujours pas d'informations supplémentaires.

D'ailleurs, nous avons plutôt l'impression de passer pour des "emmerdeurs" alors qu'un risque vital peut peser sur la santé de nos enfants.

Je pense, en effet, que notre questionnement est légitime (au regard des scandales liés à l'amiante qui continuent encore aujourd'hui) car, après petite enquête :

- en 2006, les plaques de toit en fibro-ciment ont été brisées par la grêle. Y-a-t-il eu alors un risque de dispersion de fibres d'amiante ?

- lors de l'été 2007, ces plaques ont été remplacées. On ne sait rien des précautions prises lors de ces travaux sinon qu'une personne a vu des ouvriers scier sur le toit. Y-a-t-il eu à nouveau risque de dispersion de fibres, notamment dans la charpente ? 

- se pose donc la question de savoir si les classes ont pu être contaminées lors des travaux de changement des plaques de plafond qui ont libéré des quantités de poussières provenant des combles. Un organisme agréé chargé du contrôle de l'amiante dans les bâtiments a confirmé que nous pouvions, à juste titre, nous poser des questions.

Travaillant en entreprise, j'ai pu constater à de maintes reprises que les problèmes de sécurité étaient pris à la légère. J'ai bien l'impression que, sur la quinzaine de personnes participant à la réunion de conseil, la plupart ne semble pas prendre la question au sérieux.

Pour ma part, j'attends des explications détaillées du propriétaire des locaux, à savoir le maire de la commune concernée. Je demande aussi qu'un contrôle de l'air ou des poussières soit fait.

Qu'en pensez-vous ? 

09.04.2008

Le droit des morts à disposer d'eux-mêmes

Il y a quelques semaines, j'ai vu fleurir des affiches de pub de la société de travail temporaire Adecco utilisant les images de Coluche et Gandhi pour vanter les mérites de la mobilité professionnelle.

Je ne sais pas ce que vous en avez pensé, mais moi, j'ai été écoeurée à double titre. D'une part, parce que je ne crois pas que les valeurs d'Adecco aient quoi que ce soit en commun avec celles d'un Coluche et encore moins d'un Gandhi. D'autre part, parce que les familles vendent les images de leurs proches décédés.

Est-ce la rançon de l'immortalité ? A savoir que n'importe qui puisse utiliser l'image des personnes décédées pour n'importe quoi... Imaginez de Gaulle utilisé pour la pub du dernier sex-toy à la mode !!!

Qui peut dire ce que les personnes concernées en auraient réellement pensé ? On fait parler les morts maintenant et on décide pour eux !

Mais ne le fait-on pas déjà pour les vivants, d'ailleurs ?

04.04.2008

Hey, elle est où la laque ?

2064229749.jpgJe faisais tranquillement mes petites emplettes au rayon papier toilettes... Une femme était en train de mettre les produits en rayon. Soudain, une mégère arrive et lui balance : "hey, elle est où la laque ?". Moi, passant à côté de la vendeuse, je lui dis : "on dirait que bonjour et merci, c'est en option". Elle me répond : "oh, ça ce n'est rien, il y en a même qui nous siffle mais là je fais semblant de ne pas entendre !".

03.04.2008

Hirudinea

1377086667.jpgJe viens de voir une émission médicale très intéressante sur les sangsues. Apparemment, la sangsue médicinale (Hirudo medicinalis), est une véritable alliée pour la santé humaine.
Les propriétés vasodilatatrices, anticoagulantes, anti-inflammmatoires, et anesthésiques de sa salive sont utilisées dans différents domaines de la médecine.
 
Or, cela m'inspire une réflexion : faut-il seulement que la nature serve l'être humain pour qu'il s'y intéresse ? En effet, après avoir fait disparaître des milliers d'espèces de plantes ou d'animaux, si l'homme s'aperçoit qu'il a besoin, pour sa santé ou sa survie, de tel ou tel composant de Dame Nature, il se met à s'émouvoir. Il se sent d'ailleurs tout puissant, n'hésitant pas à croire qu'il pourra faire revivre telle espèce disparue par la seule magie des manipulations génétiques ou du clonage !
 
Ne peut-on donc pas agir autrement que par intérêt ? L'homme a longtemps détruit les araignées. Mais voilà que l'on constate que son fil pourrait être un précieux matériau à exploiter pour sa solidité... A ce moment, ce n'est plus un cerveau que l'homme possède sous sa boîte crânienne mais bel et bien une calculatrice "combien cela va-t-il me rapporter ?". Dans ce cas, il va se mettre à protéger l'araignée qui devient pour lui un moyen de remplir son portefeuille. Mais de l'araignée, en elle-même, qu'en a-t-il à faire ? Rien, puisqu'il cessera instantanément de la préserver si elle n'a plus d'utilité pour lui. 
 
D'ailleurs, ne nous y trompons pas, certains employeurs ont la même conception envers leurs salariés !
 
Pour ma part, je ne cesse de m'émerveiller de cette nature qui, généreusement, met à notre portée tout ce dont nous pouvons avoir besoin.
N'attendons pas de voir disparaître tous ses secrets pour la protéger. 

27.03.2008

Le grand ménage

2123350583.jpgS'il y a bien une chose que je déteste dans la vie, c'est faire le ménage. Laver, repasser, cuisiner... j'aime plutôt bien mais frotter, récurer pour voir 5 minutes plus tard les délicates petites traces des trois paires de petons et des 30 doigts de mes petits trésors... Argh, au secours, aidez-moi !!!

Alors, j'élabore des stratégies : j'essaie pièce par pièce (lundi, sanitaires ; mardi, séjour...) ou tâche par tâche (lundi, lavage du sol ; mardi, dépoussiérage...).

Mais il n'y a rien à faire... Moi qui sait faire la paye de 400 salariés, je suis nulle, archi nulle dans l'organisation ménagère.

Je me suis alors dit : "tiens, si je demandais à mes lectrices (et lecteurs, bien entendu - dans ce domaine encore, vive la parité !) de me faire partager leurs idées et recettes pour faire de moi une vraie fée du logis !!!

C'est vrai quoi, j'ai toujours la sensation qu'il n'y a que chez moi que règne le désordre et que, chez les autres, c'est toujours nickel. Alors, à vos claviers, s'il vous plaît. Merci d'avance !

19.03.2008

La mort est-elle une marchandise ?

Qui d'entre nous n'a pas entendu parlé aujourd'hui de Chantal Sebire, cette femme défigurée par une tumeur incurable et qui demande à pouvoir bénéficier d'un suicide assisté. Bien entendu, le cas de cette personne nous interpelle et nous fait réfléchir sur ce qu'est devenue la mort dans notre société.

En faisant quelques petites recherches sur le suicide assisté qui existe en Suisse, j'ai trouvé cet article paru sur Valeurs Actuelles.

La lecture de celui-ci m'a effarée et je ne souhaite pas vivre dans une société qui autoriserait de telles pratiques. Je vous laisse vous faire votre opinion.


Suicide assisté. La polémique suisse

Le Pauline Liétar
L’association Dignitas fait scandale chez nos voisins helvétiques, où le suicide assisté est légal.

C’est dans une fourgonnette de livraison, garée aux abords d’une forêt, que l’association Dignitas a donné la mort à ce “candidat au suicide” d’origine allemande. Pour constater le décès, les employés des pompes funèbres ont dû déposer le corps par terre, dans la boue et les feuilles mortes. On a beau côtoyer la mort tous les jours, « c’est pas des choses à faire… », confie l’un d’eux, mal à l’aise.

Alors qu’elle défraie la chronique en Suisse où elle se heurte à de violentes oppositions, l’association Dignitas bénéficie, en France, d’un intérêt croissant. Le 12 février, le Monde a publié un long reportage sur le suicide assisté d’une Française qui a recouru à ses services l’an dernier. Marguerite Dessein était membre de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, qui milite pour la légalisation de l’euthanasie en France et plaide pour le suicide assisté : l’ADMD a organisé, le mois dernier, une conférence intitulée “S’exiler pour mourir ?”.

La Suisse est l’un des rares pays à autoriser le suicide assisté avec les Pays-Bas, la Belgique et l’État de l’Oregon, aux États-Unis. Aider une personne à se suicider n’est pas considéré comme une infraction, « si l’acte est altruiste et sans mobile égoïste », selon les termes de la loi suisse. Concrètement, un médecin peut aider un patient à mourir en lui préparant un poison, mais c’est au malade de porter le verre à ses lèvres. Sinon, on peut considérer que c’est un meurtre. Il faut aussi – en théorie – respecter plusieurs conditions : discernement de la personne, demande sérieuse et répétée dans le temps, maladie incurable, souffrances physiques ou psychologiques importantes et pronostic fatal ou invalidité définitive.
 
Depuis sa création, fin 1998, l’association Dignitas a “facilité” le suicide de près de 800 personnes, dans des conditions souvent sordides, surtout depuis qu’elle a été expulsée de ses locaux zurichois, au mois d’août 2007. Ses voisins ne supportaient plus de voir passer quotidiennement des cercueils dans leur cage d’escalier, d’entendre les cris, les sanglots et les pleurs des malades et des proches. Et de sentir flotter cette indescriptible odeur de mort.

Il y a quelques mois encore, quand on franchissait la porte d’entrée du hall de l’immeuble où elle officiait alors, l’on savait immédiatement si un “patient” était entre les mains de Dignitas. Dans cette HLM du centre de Zurich, les parois étaient si fines que l’on entendait tout. La quinte de toux du voisin de palier, la douche de la voisine à l’étage supérieur ou encore les bruits de friture des différentes cuisines.

Le jour de notre visite, un banal jour de juin, résonnait dans le hall le témoignage d’un candidat au suicide anglais. Atteint de sclérose en plaques, il confiait ne plus pouvoir marcher. Quelques minutes plus tard, montait une musique sirupeuse – chacun apportait son disque préféré – qui annonçait la mort de l’Anglais. Il était entré dans l’appartement à peine une vingtaine de minutes plus tôt.

“Avant le grand voyage, il faut consulter une agence”

Aujourd’hui, l’association donne la mort n’importe où. Dans des hôtels, des chambres de particuliers, des voitures… Et, comme depuis toujours, à toutes sortes de “candidats”.

En février 2002 déjà, elle n’hésitait pas à “suicider” un frère et une sœur français, âgés d’à peine 29 et 32 ans, schizophrènes tous les deux. Pour Dignitas, le fait qu’ils soient seuls dans la vie, sans parents pour les aider, justifiait un suicide. L’association ne se contente pas de prendre en charge des patients en fin de vie. Elle s’ouvre aussi à des dépressifs, des malades mentaux et des couples de personnes âgées fatiguées, qui ne sont pas incurables. En avril 2003, elle donne la mort à Jennifer et Robert Stokes, Britanniques de 53 et 59 ans venus se suicider en couple. Ils souffrent certes d’épilepsie et de diabète mais aucun des deux n’est un malade en fin de vie. Leur famille, loin d’imaginer leurs intentions, sera très choquée à l’annonce de leur mort.

Dignitas ne s’arrête pas non plus sur l’âge de ses “patients” : elle a assisté le suicide d’un jeune homme de 25 ans. « Le suicide, c’est la liberté de chacun. Ce n’est pas à nous de juger les raisons. Les personnes ayant des souffrances psychologiques ont aussi le droit de mourir », estime Ignaz Reutlinger, ancien membre de l’association qui a accompagné de nombreux suicides.

Sur la dizaine d’associations suisses qui assistent des suicides en milieu hospitalier ou à domicile, Dignitas est l’une des seules à accueillir des étrangers. Ses coordonnées sont connues et diffusées dans les pays d’Europe du Nord, en Grande-Bretagne et en France. Les Allemands représentent environ 60 % des candidats au suicide. Sur les 200 suicidés assistés par l’association en 2006, on comptait une quinzaine de Français. « La pratique est la même que pour les impôts, expose sans ciller Ignaz Reutlinger. Les étrangers viennent en Suisse pour échapper à la loi de leur pays et y mourir. » L’ADMD tendrait plutôt à faire le parallèle avec le combat pour l’IVG et toutes ces femmes qui ont traversé la frontière pour avorter.

Mais pour son fondateur, Ludwig Minelli, un avocat zurichois de 75 ans à la personnalité controversée, l’extrême ouverture de Dignitas aurait – paradoxalement – un effet positif : la dissuasion. « Notre philosophie vise à lever le tabou du suicide. Il faudrait pouvoir dire à tous : “Oui, vous avez le droit de faire ce grand voyage, mais avant de partir il faut consulter une agence et bien dire au revoir à ses proches.” Nous estimons qu’environ 70 % des personnes qui prennent contact avec nous sont finalement dissuadées de se suicider. Savoir qu’elles ont cette possibilité de mourir quand elles le souhaitent les rassure définitivement. » Selon des proches, Ludwig Minelli rêverait même de pouvoir installer des distributeurs de poison dans les lieux publics. Une industrialisation des méthodes qui permettrait à Dignitas d’augmenter le nombre de ses “clients”…

Car, ici, il ne s’agit pas vraiment d’altruisme : les candidats au suicide doivent acquitter au moins 3 500 euros pour mettre fin à leurs jours. Le tarif serait même passé récemment à 5 000 euros. Quand on sait que Dignitas se procure pour à peine 5 euros la dose de pentobarbital que son client boira pour se suicider, on imagine l’importance des profits liés à cette activité. Pourtant, l’association n’offre pas une mort de grand luxe. Elle est désormais à la rue.

Les détracteurs de Dignitas affirment que son fondateur, en revanche, s’est significativement enrichi. L’ancienne secrétaire générale de Dignitas, Soraya Wernli, a quitté l’association en 2005 pour des raisons éthiques mais aussi financières : « Ludwig Minelli a gagné beaucoup d’argent avec Dignitas. Avec l’association, il s’est constitué une fortune personnelle qui dépasse au bas mot, selon moi, les 800 000 euros. Ce chiffre ne tient pas compte de tout ce qu’il reçoit en nature des personnes qu’il assiste… » Interrogé par Valeurs actuelles, Ludwig Minelli affirme que tout l’argent part à l’association et dément tout enrichissement personnel.

Le déroulement des suicides suscite également la polémique. La réglementation établit que la personne souhaitant mourir doit rédiger une déclaration de suicide puis confirmer oralement son souhait aux “accompagnateurs”. Deux membres de Dignitas assistent à chaque suicide pour attester qu’il s’agit d’une mort volontaire et non d’un meurtre. Encore faut-il qu’ils parlent couramment la langue du malade… Une hésitation, voire un revirement, risque d’échapper totalement à ces accompagnateurs. Surtout quand on ne laisse guère le temps au malade d’une dernière réflexion. « En 2005 et 2006, bon nombre de personnes sont arrivées de l’étranger et sont mortes dans la journée. Elles n’ont même pas pu repenser leur choix, passées la fatigue et la confusion du voyage », dénonce Soraya Wernli.

Pointée du doigt, accusée de créer un tourisme de la mort, Dignitas essaie d’être plus prudente aujourd’hui. Elle attend “au moins” le lendemain de l’arrivée du malade pour opérer. Mais les médecins de l’association ne passent toujours pas plus de temps sur le dossier des malades. Une trentaine de minutes environ. Certains signent plusieurs “permis de mourir” par jour. Des demandes de pentobarbital sont effectuées pour constituer des stocks. Et les erreurs de dosage existent : en août 2004, un Allemand mettra plus de 72 heures à mourir.

Chassée par les habitants, pourchassée par le gouvernement zurichois et dénoncée par le Parti socialiste suisse qui veut qu’elle cesse ses activités, Dignitas persiste. Et ignore les polémiques. En août 2007, sommée de quitter ses locaux à Zurich, elle loue un appartement à Stäfa, dans la banlieue. En huit jours, six personnes vont mourir. Choqués, les habitants se mobilisent et obtiennent son départ.

Dignitas ne s’arrête pas pour autant. C’est donc dans une voiture de location qu’elle a aidé, successivement, deux Allemands à mettre fin à leurs jours aux abords d’un bois, près de Zurich. La colère de la ministre de la Justice allemande n’a rien changé à ses projets. Ludwig Minelli a récemment annoncé la création d’une antenne en Allemagne. Là-bas, un correspondant de Dignitas veut bien prendre le risque pénal d’assister des suicides.